
Emmanuel TRESMONTANT





Biographie
Je suis né sur les barricades de mai 68, bd Saint Michel. Une astrologue américaine que j’étais allé consulter à l’âge de 18 ans m’avait dit que la violence de l’époque, l’allergie à l’autorité non légitime et le désir de changer, de tendre vers un autre monde possible, étaient inscrites dans mon horoscope… J’ai vécu mon enfance et mon adolescence près de Grenoble, au pied du Vercors, où j’ai très vite senti « l’esprit des lieux », les traces laissées par les Résistants (Jean Prévost avait été abattu par les SS à Sassenage) mais aussi par Rousseau qui était venu herboriser à Seyssins, et Stendhal, qui avait vu ses paysages somptueux du Dauphiné. Mon imaginaire et mon goût pour la rêverie se sont développés dans ces montagnes où le passage des saisons était très perceptible (la neige en hiver, le cri des hirondelles au printemps, la lumière douce de septembre qui accompagnait la rentrée des classes !). Le fait d’avoir grandi en province au contact de la nature a été capital.
Fils d’un grand philosophe qui avait abandonné sa famille peu après ma naissance, j’ai naturellement éprouvé le besoin de faire de la philosophie avec cette question : la philosophie peut-elle m’aider à m’orienter dans la vie ?
En « montant » à Paris, j’ai revu mon père, qui enseignait la philosophie médiévale à la Sorbonne. Notre dialogue a duré des années, jusqu’à sa mort en 1997. L’an dernier, je lui ai consacré une biographie. Son œuvre m’a beaucoup enrichi et je me bats pour la faire connaître. Le fait de ne pas avoir eu de père me semble aussi être un symptôme de notre époque, d’où la question : « un père, à quoi ça sert ? » Après la philo, je savais que je ne voulais pas devenir prof dans un lycée : revenir au lycée, c’était comme un hamster qui fait tourner sa roue dans sa cage ! Il fallait explorer le monde réel, faire de la philo en situation ! Monde de l’édition, de la publicité… j’ai enchaîné les jobs avant d’être embauché par les guides Michelin où j’ai découvert avec passion le monde de la gastronomie, le théâtre des restaurants étoilés, l’art de la table, l’histoire de la cuisine ! J’y suis resté 12 ans. Le vin est devenu une passion, car les grands vignerons sont des sages et des poètes, à leur façon, ils connaissent la terre, la nature, la plante : » la terre ne ment pas ! »
J’ai développé avec le temps une philosophie du vin et de la nourriture. Les grands chefs qui m’ont le plus touché (Alain Passard, Pierre Gagnaire, Bruno Cirino, Bruno Verjus) ont perçu aussi cette dimension métaphysique de la nourriture : ils célèbrent la beauté du monde sensible comme un don, aux antipodes du platonisme et de la gnose !
Après Michelin, je suis devenu journaliste pour plusieurs grands journaux (Marianne, Le Monde, Paris Match). La déception fut au rendez-vous, car je m’attendais à appartenir à une famille, un groupe, une équipe, en réalité, les journalistes pigistes sont seuls… Simone Weil, dans L’enracinement, explique ce besoin d’appartenir à une famille est un besoin vital. Notre société isole, cloisonne, et le dialogue est devenu de plus en plus rare. Je pense qu’il faut se battre contre cette tendance. Bref, après avoir travaillé pendant 25 ans (Michelin et presse écrite) je souhaite entrer dans un nouveau cycle de vie et rejoindre une équipe où la philosophie partagée et faite ensemble serait une base du « vivre ensemble ». La consommation de vin s’effondre, preuve que nous avons quitté une certaine civilisation. Partager un bon vin et en parler, ensemble, voilà ce que je propose…
spécialités
Métaphysique - Vin - Gastronomie - Cuisine