
Pourquoi Viktor Frankl vous demanderait pourquoi votre travail mérite d’être fait ?
Pour Viktor Frankl, un travail devient supportable lorsqu’il répond à une question plus profonde que « que dois-je faire ? » : « pourquoi cela mérite-t-il d’être fait ? »
Il arrive qu’une journée de travail soit parfaitement remplie… et laisse pourtant un étrange sentiment de vide. Les réunions se sont enchaînées, les mails ont été traités, les tableaux mis à jour, les urgences gérées. Objectivement, la journée a été productive. Pourtant, au moment de rentrer chez soi, une question surgit parfois.
« À quoi tout cela a-t-il vraiment servi ? »
Nous avons tendance à attribuer cette sensation à la fatigue.
Viktor Frankl y verrait peut-être tout autre chose.
Nous parlons beaucoup des conditions de travail… beaucoup moins des raisons de travailler
Les entreprises savent aujourd’hui mesurer l’engagement, la satisfaction, la qualité de vie au travail ou encore les risques psychosociaux. Ces sujets sont devenus essentiels, et c’est heureux. Mais ils reposent souvent sur une même idée : si les conditions de travail s’améliorent, les collaborateurs retrouveront naturellement de la motivation.
Frankl ne serait probablement pas aussi certain. Car un travail peut être confortable, correctement rémunéré et parfaitement organisé… tout en laissant une question entière : pourquoi ce travail mérite-t-il d’être fait ?
Cette question ne porte pas sur le bien-être. Elle porte sur le sens.
Le sens ne se décrète pas dans une raison d’être
Depuis quelques années, beaucoup d’entreprises rédigent une raison d’être. Elles définissent leur mission, leurs valeurs, leur contribution à la société. Ces démarches sont utiles. Elles permettent de donner une direction commune.
Mais Frankl introduirait une nuance essentielle. Le sens ne se transmet pas comme un slogan. Il ne descend pas d’un comité de direction vers les équipes. Il se découvre dans la rencontre entre une personne et ce qu’elle estime digne de son engagement.
C’est pourquoi deux collaborateurs occupant exactement le même poste peuvent vivre une expérience totalement différente. L’un exécute des tâches. L’autre a le sentiment de contribuer à quelque chose qui le dépasse.
Le travail est identique. Pas le sens.
Les organisations oublient parfois de parler de l’utilité
Lorsqu’on interroge un collaborateur sur son métier, il décrit souvent ce qu’il fait. Il gère un portefeuille clients, prépare des commandes, soigne des patients, développe un logiciel ou anime une équipe.
Plus rarement, il explique pourquoi tout cela est important.
- Pour qui travaille-t-il réellement ?
- Qu’est-ce qui disparaîtrait si son métier n’existait plus ?
- Qui bénéficie concrètement de son engagement ?
Ces questions paraissent presque naïves. Elles sont pourtant capables de réconcilier quelqu’un avec son propre travail.
Une organisation vivante aide chacun à relier son geste à une œuvre
Frankl ne nous invite pas à chercher un grand idéal derrière chaque mission. Il rappelle quelque chose de beaucoup plus simple. L’être humain supporte des contraintes étonnantes lorsqu’il comprend ce à quoi elles servent. À l’inverse, même les activités les plus confortables deviennent éprouvantes lorsqu’elles semblent privées de finalité.
Une organisation ne crée donc pas le sens à la place des personnes. En revanche, elle peut leur permettre de voir à quoi leur travail contribue réellement. Elle peut rendre visible ce qui, trop souvent, disparaît derrière les procédures, les indicateurs ou les objectifs.
Ce que Viktor Frankl nous fait voir
La prochaine fois que vous parlerez de motivation au travail, résistez à la tentation de chercher immédiatement des solutions. Commencez par poser une autre question : les personnes de votre organisation savent-elles seulement pourquoi leur travail mérite d’être fait ?
Viktor Frankl ne vous demanderait probablement pas si vos collaborateurs sont engagés. Il vous poserait une question beaucoup plus fondamentale : si votre travail disparaissait demain… qu’est-ce qui manquerait réellement au monde ?