Pourquoi Platon n’aurait probablement pas aimé LinkedIn

Platon aurait-il apprécié LinkedIn ? Entre visibilité, réputation et quête de vérité, la philosophie nous invite à porter un regard critique sur les réseaux professionnels.

Le philosophe qui refusait de devenir influenceur

Imaginons un instant que Platon ouvre un compte LinkedIn.

Après quelques hésitations sur sa photo de profil (buste en marbre ou portrait généré par IA ?), notre philosophe athénien commence à publier. Il partage quelques réflexions sur la justice, le pouvoir et la vérité. Il reçoit quelques mentions « J’aime », une poignée de commentaires et même une invitation à participer à un webinaire intitulé : Comment développer son leadership authentique grâce à Socrate.

À ce stade, il est probable que Platon commence déjà à froncer les sourcils. Non pas parce qu’il était hostile aux échanges d’idées. Bien au contraire. Il a passé une bonne partie de sa vie à discuter avec tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un être humain disponible pour débattre.

Le problème aurait été ailleurs : Platon se méfiait profondément d’une chose... la confusion entre ce qui est visible et ce qui est vrai.

Le nombre de likes est-il une catégorie philosophique ?

Sur LinkedIn, certaines idées rencontrent un succès spectaculaire. Quelques milliers de réactions, plusieurs centaines de commentaires et parfois une pluie de félicitations virtuelles.

La plateforme nous suggère alors discrètement qu’une idée largement approuvée est probablement une bonne idée. Platon aurait sans doute trouvé cette conclusion un peu rapide. Déjà à son époque, il observait que les foules pouvaient applaudir des discours brillants sans pour autant se rapprocher de la vérité. Les sophistes d’Athènes maîtrisaient parfaitement l’art de convaincre. Ils savaient captiver, séduire et emporter l’adhésion.

Ce qui ne signifiait pas qu’ils avaient raison. Deux mille quatre cents ans plus tard, Platon pourrait probablement résumer son point de vue en une phrase : « Ce post a obtenu 12 000 likes. C’est intéressant. Mais est-il vrai ? » Question malheureusement absente de la plupart des commentaires.

Le mythe de la caverne version LinkedIn

L’histoire la plus célèbre de Platon raconte comment des prisonniers prennent des ombres projetées sur un mur pour la réalité elle-même.

À première vue, le parallèle avec LinkedIn semble un peu excessif. Et pourtant... nous y voyons des promotions, des réussites, des levées de fonds, des conférences, des classements, des prix, des trophées et beaucoup de collaborateurs « fiers d’annoncer ». Nous voyons rarement les hésitations, les échecs, les projets abandonnés, les réunions ratées ou les stratégies qui n’ont jamais fonctionné. Autrement dit, nous observons une partie du réel. Pas sa totalité.

Platon n’aurait probablement pas reproché aux utilisateurs de montrer leurs succès. Il aurait simplement rappelé que l’image visible n’épuise jamais la réalité. Une remarque qui reste étonnamment utile à l’heure du personal branding.

Sommes-nous devenus nos propres attachés de presse ?

LinkedIn nous invite tous, à des degrés divers, à construire notre image professionnelle. Nous apprenons à développer notre visibilité, à travailler notre positionnement et à raconter notre parcours. Rien de scandaleux à cela.

Mais Platon aurait probablement posé une question un peu embarrassante : À partir de quel moment passons-nous plus de temps à construire une image de nous-mêmes qu’à travailler sur ce que cette image est censée représenter ?

La question pique un peu. C’est généralement le signe qu’elle mérite d’être posée.

Ce que Platon aurait probablement adoré

Il serait toutefois injuste de faire de Platon un ennemi des réseaux sociaux. Après tout, il croyait profondément à la circulation des idées. Il passait ses journées à questionner les évidences, à débattre et à confronter des points de vue. La possibilité d’échanger avec des milliers de personnes à travers le monde l’aurait sans doute fasciné.

Ce qu’il aurait refusé, en revanche, c’est de confondre la popularité d’une idée avec sa valeur. Car pour lui, la philosophie commençait précisément là où l’opinion majoritaire cessait d’être une preuve.

La question que Platon nous poserait aujourd’hui

S’il était parmi nous, Platon n’aurait probablement pas supprimé son compte LinkedIn. Il publierait peut-être même régulièrement. Mais il nous laisserait certainement une question en commentaire : « Cherches-tu à comprendre le monde ou simplement à être visible dans ce monde ? »

Et comme toutes les bonnes questions philosophiques, celle-ci risque de continuer à nous suivre bien après avoir fermé l’application.