
Pourquoi Alexis de Tocqueville aurait adoré vos groupes de travail ?
Pour Tocqueville, un groupe de travail ne produit pas seulement de meilleures idées. Il produit des collaborateurs qui se sentent responsables du destin collectif.
Il y a quelques années, les décisions tombaient d’en haut. Aujourd’hui, elles commencent souvent par un atelier, un groupe de travail, une consultation ou un séminaire de co-construction. On distribue des Post-it, on constitue des sous-groupes, on invite chacun à s’exprimer. Certains y voient une formidable avancée démocratique. D’autres soupirent en se demandant pourquoi il faut désormais trois ateliers pour décider de ce qui aurait autrefois pris quinze minutes.
Alexis de Tocqueville aurait probablement assisté à ces réunions avec beaucoup de curiosité.
Mais il se serait sans doute trompé sur la raison de leur existence.
Les groupes de travail ne servent pas seulement à produire des idées
Lorsqu’une organisation crée un groupe de travail, elle espère généralement deux choses. D’abord, obtenir de meilleures idées grâce à la diversité des points de vue. Ensuite, favoriser l’adhésion aux décisions qui seront prises. Après tout, il est plus facile d’accepter une décision lorsque l’on a participé à son élaboration.
Tout cela est vrai.
Mais Tocqueville nous inviterait à regarder ailleurs : le véritable effet d’un groupe de travail ne réside peut-être pas dans les idées qu’il produit. Il réside dans les personnes qu’il transforme.
On devient responsable de ce que l’on aide à construire
C’est l’une des grandes intuitions de Tocqueville. Une démocratie ne tient pas seulement grâce à de bonnes institutions. Elle tient parce que les citoyens prennent progressivement l’habitude de participer aux affaires communes. En débattant, en s’associant, en construisant ensemble, ils découvrent que le collectif n’est plus une réalité extérieure. Il devient aussi leur affaire.
Les organisations connaissent exactement le même phénomène.
Le collaborateur qui participe à un groupe de travail ne repart pas seulement avec quelques idées supplémentaires. Il repart souvent avec une autre manière de regarder l’entreprise. Le projet cesse progressivement d’être « leur projet ». Il devient un peu le sien.
La coopération produit alors quelque chose de plus précieux que des solutions.
Elle produit de l’engagement.
Toutes les réunions participatives ne fabriquent pas de la participation
Évidemment, Tocqueville ne se laisserait pas impressionner par n’importe quel atelier. Il remarquerait très vite qu’il existe deux sortes de groupes de travail. Ceux où l’on réfléchit réellement ensemble. Et ceux où la décision est déjà prise, mais où l’on demande simplement aux participants de la rendre plus acceptable. Les premiers développent une culture de la responsabilité. Les seconds développent surtout une culture du cynisme.
Car rien n’abîme davantage l’envie de participer que de découvrir que tout était joué d’avance.
Une organisation vivante est une organisation où l’on apprend à faire ensemble
Nous parlons souvent d’intelligence collective. Tocqueville emploierait probablement une autre expression.
Il parlerait d’apprentissage de la vie collective.
Car travailler ensemble ne consiste pas seulement à résoudre un problème. C’est aussi apprendre à écouter, à argumenter, à faire des compromis, à renoncer parfois à sa propre idée pour construire quelque chose de plus solide. Ces compétences ne s’enseignent pas dans un PowerPoint. Elles se développent en les pratiquant.
Voilà pourquoi certaines organisations paraissent étonnamment vivantes. Non parce qu’elles organisent davantage d’ateliers.
Mais parce qu’elles ont compris que chaque groupe de travail est aussi une école de la coopération.
Ce qu’Alexis de Tocqueville nous fait voir
La prochaine fois que vous participerez à un groupe de travail, regardez un peu au-delà de l’ordre du jour.
Le sujet discuté est important. Mais ce n’est peut-être pas l’essentiel.
Tocqueville vous dirait probablement que le plus beau résultat d’un groupe de travail n’est pas la décision qu’il produit… mais les personnes qu’il transforme en acteurs du destin collectif.