
« Je pensais que c’était trop abstrait » : ce que m’a appris mon entretien de discernement
Cet article retrace ce basculement : comment la pensée, loin d’être une abstraction, m’a permis d’éclairer une décision profondément ancrée dans le réel.
Longtemps, je pensais que la philosophie n’était pas pour moi : trop conceptuelle, trop déconnectée, trop “prise de tête”. Et pourtant, c’est dans un moment charnière — face à une décision impossible à trancher — qu’un entretien de discernement philosophique a tout changé. Cet article retrace ce basculement : comment la pensée, loin d’être une abstraction, m’a permis d’éclairer une décision profondément ancrée dans le réel.
Thèse : l’entretien de discernement ne sert pas à intellectualiser les problèmes, mais à les traverser autrement — en réintroduisant du sens, de la clarté et du courage là où tout semble confus.
I. Une décision impossible : rester ou partir ?
Cette première partie décrit la situation de départ : un dilemme professionnel apparemment banal, mais vécu comme profondément bloquant, et perçu comme “hors de portée” de la pensée.
Je m’appelle Julien, cadre RH dans une entreprise de taille intermédiaire, 42 ans.
Depuis des mois, une question me hante :
“Dois-je rester dans cette boîte, ou en partir ?”
Rien de spectaculaire, et pourtant tout me semblait figé :
- rester, c’était me renier, mais rester dans une zone de sécurité.
- partir, c’était retrouver du sens, mais exposer ma famille à l’instabilité.
J’avais tout tenté :
- un coaching, utile mais trop orienté vers l’action,
- des discussions avec mes proches, bienveillantes mais biaisées,
- des listes “pour/contre”, stériles.
Rien n’avançait. Je ne manquais pas d’arguments.
Je manquais de vision intérieure.
Quand on m’a parlé d’entretien de discernement philosophique, j’ai failli dire non :
“Moi ? Faire de la philo ? À quoi bon ? J’ai besoin de décider, pas de réfléchir pendant trois heures…”
Et j’y suis allé. À reculons. Avec mes a priori.
C’est là que tout a changé.
II. Penser autrement : un dialogue qui ne donne pas de réponse, mais déplace la question
Cette deuxième partie montre ce que l’entretien a permis, non pas en apportant une solution, mais en transformant le cadre même de la problématique.
L’entretien a commencé simplement :
“Qu’est-ce qui rend ce choix si difficile ?”
Je m’attendais à un cadre psy. Mais non. Pas d’interprétation. Pas de diagnostic.
Juste :
- des questions précises, dérangeantes parfois,
- des reformulations inattendues,
- des silences pleins d’attention.
Peu à peu, j’ai réalisé que :
- je confondais partir et fuir,
- je cherchais une décision sans assumer les enjeux éthiques,
- je posais le problème comme binaire, alors qu’il appelait une mise en complexité.
On a parlé d’Aristote, de la phronèsis, cette sagesse pratique qui ne donne pas de règles générales, mais aide à bien juger en situation.
Ce jour-là, je n’ai pas décidé.
Mais j’ai retrouvé une souveraineté intérieure.
Je n’étais plus prisonnier d’une logique d’optimisation.
Je devenais acteur d’un choix situé, ancré dans ma vie, mes valeurs, mes responsabilités.
III. Ce que j’ai appris : le réel n’est pas abstrait — c’est la pensée qui rend libre
Cette dernière partie tire les leçons du vécu : l’entretien de discernement ne m’a pas sorti du réel, il m’y a ramené avec plus de clarté et de courage.
Ce que j’ai compris, c’est que :
- je n’avais pas besoin de conseils,
- je n’avais pas besoin d’être rassuré,
- j’avais besoin d’un espace pour penser vraiment.
Trois apprentissages marquants :
1. Penser, ce n’est pas théoriser — c’est déplier le réel
Là où je voyais un problème figé, la pensée a permis de nommer, clarifier, articuler.
J’ai cessé de subir ma situation. J’ai commencé à l’habiter.
2. Le discernement, c’est du courage éthique
Ce n’est pas trancher à la légère, ni repousser la décision.
C’est accepter qu’il n’y ait pas de “bonne réponse”, mais un chemin à assumer.
3. L’abstraction, c’est de ne pas penser
C’est suivre des injonctions toutes faites, des schémas prévisibles, des modèles de réussite.
Penser, au contraire, c’est revenir à soi — mais un soi lucide, dialoguant avec le monde.
Quelques semaines plus tard, j’ai décidé de rester. Mais pas par confort. Par choix.
J’ai redéfini mes marges de manœuvre. J’ai nommé mes conditions.
Je me suis relié autrement à mon travail.
Et j’ai compris, comme disait Merleau-Ponty, que penser, ce n’est pas fuir la vie — c’est la reprendre à bras-le-corps.
La philosophie ne donne pas de solutions magiques. Mais elle crée un espace où la parole se clarifie, où les questions se posent autrement, où la liberté redevient possible.